
Insultes, menaces, coups, dégradations de la loge… Le gardien ou l’employé d’immeuble n’est plus seulement l’interlocuteur de confiance des résidents. Il est aujourd’hui en première ligne face à une conflictualité croissante et souvent seul, y compris chez lui.
Une réalité chiffrée
Les métiers en contact avec le public sont particulièrement touchés : environ 15 % des salariés du secteur privé déclarent avoir subi au moins une agression verbale dans l’année, et 2 % une agression physique (INRS). Les gardiens, concierges et agents de surveillance d’immeubles à usage d’habitation figurent, aux côtés des pompiers ou des agents publics, parmi les professions identifiées comme exposées à ce risque (IHEMI). Au niveau national, les violences physiques enregistrées par les services de sécurité progressent encore de 5 % en 2025 (ministère de l’Intérieur) une tendance qui n’épargne pas les parties communes ni les loges.
Cette exposition a un coût social direct : arrêts de travail prolongés, accidents du travail reconnus, visites médicales de reprise obligatoires après agression, et un nombre croissant de dossiers portés devant les prud’hommes ou les tribunaux des affaires de sécurité sociale pour faire reconnaître la responsabilité de l’employeur.
Logé sur place : un risque qui ne s’arrête jamais
Pour les gardiens logés par nécessité de service, la loge est à la fois le lieu de travail et le domicile. Un accès mal sécurisé, l’absence de visiophone ou d’interphone filtrant, pas de système d’alerte : le danger ne prend pas fin à l’heure de la fermeture du bureau. Les avocats spécialisés le rappellent régulièrement : dans les quartiers les plus exposés, cette proximité permanente avec le public aggrave le risque et engage plus lourdement la responsabilité du syndicat de copropriétaires ou de l’employeur.
Ce que dit la loi : les obligations de l’employeur
L’employeur (syndic, bailleur, société de gestion) a une obligation générale de sécurité (article L. 4121-1 du Code du travail) : évaluer les risques, les consigner dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), et mettre en place des mesures concrètes de prévention. L’absence de DUERP documentant le risque d’agression est sanctionnée d’une amende, et peut être retenue contre l’employeur en cas d’incident.
La jurisprudence est constante sur ce point : la Cour de cassation a validé la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur lorsque la loge d’un gardien agressé n’était équipée ni de visiophone pour contrôler les accès, ni de dispositif d’alarme pour appeler les secours, alors que le risque était connu. À l’inverse, les tribunaux rappellent que la responsabilité de l’employeur ne peut être engagée que sur le terrain de l’obligation de sécurité d’où l’importance, pour le salarié, de bien documenter les faits et les manquements.